Que feras-tu quand tu seras grande?

(Attention! Cet article peut contenir des comparaisons quétaines. T’es prévenu-e!)

Depuis l’enfance, dans les soupers de famille, à l’école et dans les interviews pour un emploi, on m’a demandé ce que je ferais plus tard. Qui j’allais être. On pose cette question aux enfants, probablement parce qu’on a décidé que le métier faisait l’identité.

À trois ans, je m’infiltrais dans l’atelier de ma mère. Les pots d’acrylique sentaient bon, les textures des tissus me semblaient fascinantes , les perles vertes et oranges que j’enfilais sur des fils à broder me faisaient sentir comme une vraie artisane. J’allais être scénographe, comme ma mère.

À cinq ans, je passais mes journées au milieu du salon avec des piles de papier, de l’aquarelle, des paillettes, de la cire d’abeille, des pompons. J’imaginais des histoires, chaque mot était écrit au son, je ne savais pas encore lire correctement. Je reliais les feuilles de mes livrets avec du papier collant et des bouts de laine. Le bricolage, l’écriture, c’était une réelle passion. J’allais être écrivaine et illustratrice.

À neuf ans, je suis tombée sur les magasines de botanique de ma mère. J’ai appris à dessiner les fleurs, à reconnaître des plantes indigènes au travers de livres qui traînaient au chalet de ma grand-mère. J’allais être architecte paysagiste. Ou naturopathe.

À onze ans, ma passion pour les arts de la scène a commencé à s’affirmer de plus en plus et à douze ans, j’ai découvert l’improvisation théâtrale. Courir sur une scène dans les pieds nus d’un autre personnage que le mien. Avoir chaud à cause des éclairages, être éblouie. L’odeur de la poussière des coulisses. La complicité de voyager dans un monde inventé avec tes collègues. J’allais être comédienne.

Aujourd’hui j’ai dix-huit ans, le théâtre est toujours ma maison, mais je veux dessiner et coudre mon costume, concevoir les décors. Je veux jouer les histoire des autres, mais je veux écrire les miennes aussi. Et puis, même si j’adore la pénombre d’une salle de spectacle, j’ai cet animal sauvage à l’intérieur de moi qui veut s’étendre dans la terre humide, cueillir de jolies plantes et en faire des infusions.

Tu l’auras compris, toute ma vie, j’ai eu un plan. Je savais où j’allais. Une tonne de copains à moi n’en avaient aucune idée et ça me troublait. Ça m’était inconcevable de ne pas connaître ton futur. Voilà qu’aujourd’hui, ces idées qui me semblaient claires reviennent  à la course, toutes en même temps. Elles se bousculent partout en dedans de moi, autour aussi. Je vois les défauts et les qualités de chacune. Je vois mes compétences et mes intérêts qui ne vont pas toujours ensemble. Tout est encore flou et inatteignable et c’est tellement fâchant.

J’imagine que c’est normal pis que tout le monde passe par là. Toi aussi, peut-être? J’ai passé beaucoup de temps à m’angoisser autour de ces questions-là : je vais faire quoi, qui est-ce que je vais être?

Sauf que j’en suis venue à comprendre que la réponse ne viendra pas tout de suite, qu’elle ne sera probablement pas simple non plus… et que c’est ce qui la rendra belle et unique. Qu’il faut construire cette réponse avec plein d’expériences différentes. Alors arrêtons de nous tourmenter. Apprécions le processus. Profitons-en. Amusons-nous à construire cette fameuse identité comme on le ferait avec un château de sable salissant, plein de coquillages disparates.

Traversons ça ensemble ♥

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s