Marcher dans la rue.

Marcher. Ça peut sembler bien monotone de marcher. Poser un pied devant l’autre. Transfert de poids complexe mais devenu tellement habituel qu’on y porte plus attention. Dans le salon, dans la cuisine, dans la salle de bain. Mais aussi dans un centre commercial, dans un parc, dans un jardin. Et puis dans l’eau, parce que c’est rigolo. Dans un dépanneur qui ne vous aspire pas confiance. Dans l’autobus, le métro, dans un traversier ou au côté de votre vélo parce-qu’il-y-a-un-gros-dodge-qui-ne-veut-pas-vous-laisser-partager-la-route.

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Mais il y a aussi marcher dans la rue. C’est chouette, de marcher dans la rue. On le fait tous les jours. On y pense pas, quand on marche dans la rue. On y pense pas parce qu’on pense seulement « je suis partie de la maison, je vais aller à l’épicerie ». Mais on ne pense pas « je SUIS dans la rue ».

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Moi j’aime m’arrêter, quand je marche dans la rue. Peut-importe la saison, la température. J’aime ça tout le temps.

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J’aime ça regarder les vitrines et m’imaginer dans telle ou telle robe, critiquer ces chaussures là où rêver de cette paire là.

J’aime encore plus observer les gens. Les gamins qui courent après les pigeons, ceux qui mangent une crème glacée ou ceux qui pleurent car ils n’en ont pas. J’aime observer les filles bien vêtues ou celles qui vont au dépanneur en pyjama. J’aime regarder les gens qui prennent leur café dans la brûlerie, derrière une grande vitre. Certains lisent le journal, d’autres ont les yeux rivés sur l’écran, sur leur café ou – comme moi – sur le fascinant univers qu’est la rue. Elle grouille de personnages et je me plait à imaginer que chacun d’eux possède sa propre conscience. Sa propre histoire. Ça m’épate toujours de me dire que toutes ces personnes sont les figurants de mon histoire… Et que je suis figurante dans l’histoire de toutes ces personnes.

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Quand je suis dans la rue, je lève la tête. Si c’est le jour, je vois des écureuils et des oiseaux qui courent sur les fils électriques et puis je vois le soleil, ou alors je ne vois rien parce que j’ai de la pluie plein le visage. Si c’est le soir, qu’est-ce que je vois ? J’aimerais bien être poétique, vous dire que j’y vois des étoiles et des constellations qui me passionnent, mais en ville je n’y vois que des lampadaires et des ronds rouges, verts et jaunes qui font la circulation.

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J’aime porter attention aux détails, sur les boulevards, les avenues, les ruelles. Les chemins, les autoroutes. J’aime porter attention aux petites mauvaises herbes qui se risquent à travers le béton et aux insectes qui tournent autour. J’observe et me questionne. Y a-t-il des dessins à la craie, des graffitis sur ce trottoir ? Qui les a fait ? Quand ? Pourquoi ? Combien de gommes sont collées ici ? Combien de bouteilles cassées, de mégots de cigarette jetés ? Combien d’enfants ont évité cette craque dans le trottoir, ont gambadé sur les lignes blanches au milieu de la rue ? Combien de personnes sont passées ici, combien y ont perdu ou attendu quelque chose, quelqu’un ? Combien on couru, dansé, sauté, pleuré, ce sont embrassés ? Ce sont blessés ? Je compte, j’estime, je m’amuse. Combien ont réfléchi, comme moi, sur ce banal coin de rue ?

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Oui, c’est agréable de regarder autour de soi, de réfléchir quand on marche dans la rue.

Mais ce n’est pas tout !

Il y a écouter, aussi !

Écouter le voisin qui joue de la guitare sur son balcon, le vieux qui parle seul, le chat errant qui miaule. Le bruit des camions. Le bruit travaux. Le bruit des oiseaux. En hiver, il y a le bruit des pas dans la neige. En été, celui des sandales qui claquent contre le sol. Et puis il y a mon bruit préféré, le bruit des skateurs qui passent dans la rue tard le soir, ce doux son de bearing rouillé sur l’asphalte neuve ! Et puis finalement, j’écoute le silence de la rue. Le silence profond, le silence doux, le silence frais de la rue endormie…

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Il ne faudrait pas non plus oublier, bien sur, tout ce qu’on sent dans la rue. Parce qu’on en sent des odeurs! Des odeurs de fleurs, mais aussi les parfums de tous ces restaurants, ces cafés, ces bars… Et toutes les poubelles et égouts qui viennent avec !

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Et pour finir, quand vous marcherez dans la rue, touchez ! Touchez les briques de maisons, le bois des clôtures, les feuilles et l’écorce des arbres, le pelage du vieux chat, la cannette qui traine (et tant qu’à la toucher, recyclez-la !). Et puis, faites comme moi : pour quelques secondes, voire quelques minutes, retirez vos souliers et marchez pieds nus sur l’asphalte chaude, humide, trempée, pleine de craie, craquelée… Sentez la rue sous vos pieds. SOYEZ dans la rue, complètement, entièrement, jusqu’à DEVENIR la rue !

Et vous, qu’est-ce que vous aimez le plus quand vous marchez dans la rue ?

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2 réflexions sur “Marcher dans la rue.

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